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Serge LETCHIMY – Plutôt deux pas sûrs que deux pas dans le vide!

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Ghislaine BURAC / Gabriel GALLION France-Antilles Martinique 24.06.2009

Serge letchimy : « C’est extraordinaire. Je fais un appel, je tends la main, mais c’est moi qui dois voir une main tendue par Alfred Marie-Jeanne. Quelle main a-t-il tendu ? » (Fernand Bibas/France-Antilles)

Le président du PPM nous explique les raisons pour lesquelles son parti reste opposé aux modalités retenues par le congrès du 18 juin. Résolument déterminé à faire aboutir son idée d’autonomie constitutionnelle, il dit cependant ne pas fermer la porte à la discussion avec le MIM et le RDM.

Le congrès s’est achevé par un appel du MIM au PPM. Est ce que cet appel a été perçu, entendu ?

C’est moi qui ai tendu la main en faisant des propositions très concrètes. On n’a pas souhaité débattre de ces propositions en début de séance ce qui aurait permis d’ouvrir un débat fructueux, transparent et très démocratique.

Malgré cela, j’ai poursuivi, j’ai encore tendu la main. Je reste ouvert à toute perspective pour réussir la consultation et pour atteindre l’objectif d’une autonomie qui respecte l’égalité des droits et les libertés nécessaires à une gouvernance locale.

Vous dites que vous êtes ouvert pour réussir la consultation. Cela veut dire quoi ? Est-ce que le PPM est prêt à prendre une position commune avec le MIM et le RDM sur cette consultation ?

Je veux bien prendre des positions communes mais aujourd’hui, il y a une seule invitation : c’est de me ranger aux positions affichées communément par les deux présidents.

À part cela, je ne vois aucune invitation fraternelle me permettant de m’exprimer et surtout je ne vois pas d’ouverture me permettant d’introduire mes propositions.

Mais on vous rétorquera que le débat est clos, que le congrès a voté. Face à tout cela, comment vous positionnez-vous ?

Je suis un bon démocrate. Je considère que le congrès est totalement légitime. Il s’est exprimé avec des différences très rofondes qui ne sont pas des différences de façade. Certains brandissent aujourd’hui l’autonomie qu’ils ont combattue. Nous n’avons pas la même appréciation sur l’accessibilité à l’autonomie. Nous n’avons pas la même éthique. La solution que propose l’article 74 risque de poser des problèmes.

 C’est pour cela que je souhaite lever tout risque avant d’aller à un changement de régime politique.

Mais, il y a les autonomistes du RDM, qu’en dites-vous ?

On peut avoir des doutes sur cette complicité soudaine. Mais plus il y a des autonomistes mieux c’est pour l’avenir.

Concrètement que proposez-vous ?

Ma proposition est très claire. Si certains demandent le report des élections régionales sous le prétexte de mieux expliquer à la population le changement proposé, c’est qu’il y a un problème. Ils ne sont pas naïfs. Il n’y a pas que l’explication, il y a surtout la négociation avec l’État, le gouvernement sur des enjeux importants comme l’égalité sociale, sur les compétences, sur les pouvoirs, sur les moyens et cela prendra du temps. C’est cette négociation-là qu’il faut faire dans un cadre beaucoup plus long. C’est pour cela que je propose une évolution en deux temps. Un premier avec le rassemblement des deux collectivités en une collectivité unique dotée de pouvoirs et de possibilités d’être habilitée dans plusieurs domaines, comme dans celui de la loi. C’est une réforme possible qui ne demande pas de révision de la Constitution. Deuxièmement, une expérimentation pendant cinq ans avec une clause de rendez-vous dans cinq ou six ans pour voir tout ce qui peut être modifié, et arriver devant la population avec une consultation sur le changement de régime politique.

Cela fait plus de 50 ans que le PPM a pour mot d’ordre l’autonomie. Aujourd’hui, alors qu’on y est presque, il vous est reproché de faire deux pas en arrière ?

Moi, je préfère faire deux pas sûrs que deux pas dans le vide.

N’est-ce pas là un nouveau moratoire ?

Non! Nous considérons qu’il faut absolument peser les choses. Posez-vous la question de savoir pourquoi depuis six ans, rien n’a été fait ? Aujourd’hui, certains reprochent au PPM de demander une évolution en deux temps avec une période d’expérimentation. Il faut surtout faire des reproches à ceux qui sont restés immobiles pendant six ans. Personnellement, je ne les critique pas. Je rends hommage aux indépendantistes d’avoir eu le courage de faire le moratoire sur l’indépendance et de défendre l’autonomie. C’est un courage politique qu’il faut saluer.

Qu’est-ce qui dérange le plus les progessistes sur les propositions du congrès : les modalités, l’autonomie ?

Il y a un enjeu important, je suis prêt à faire corps autour d’une dynamique et d’un processus mais je ne suis pas prêt à aller tête baissée vers un échec signé d’avance simplement parce qu’il faut y aller. Le congrès s’est prononcé, j’en prends acte. Mais je ne vois pas pour quelles raisons je devrais me plier à un diktat.

On vous reproche de chercher une solution particulière pour la Martinique impossible au regard de la Constitution.

Ceux qui disent cela, devraient apprendre à lire la Constitution. L’article 73-4 apporte une réponse précise par exemple pour le seul cas de l’île de la Réunion. Alors, il n’y a rien d’impossible.

Vous n’êtes donc pas dans la majorité du congrès, mais faut-il comprendre que le temps de la consultation vous servira à expliquer votre position ?

Pour l’instant, il n’y a pas de consultation. En tout cas, pas pour le moment. Lorsque cela sera décidé, nous arrêterons notre position. Ce qui est important à retenir est que la forme d’accès à l’autonomie qui est aujourd’hui prônée par ceux qui l’ont combattue auparavant et la brandissent comme un étendard flamboyant, ne nous convient nullement. Cette forme d’accès nous paraît néfaste. Et je perçois très bien le piège dans lequel on voudrait que le PPM tombe. Si nous sommes dans le groupe des autonomistes nouveaux, et qu’il y a échec, ce sera de la faute du PPM. S’il y a échec et que nous ne sommes pas dans le groupe, ce sera toujours de notre responsabilité. Et ceux qui tentent de nous associer à la droite se trompent lourdement. Elle est favorable à l’article 73. Nous, c’est l’autonomie. Je répète que nous sommes résolument pour une autonomie égalitaire, pas celle que nous préparent les partisans de l’article 74. Nous ne voulons pas aller à l’échec. Nous sommes partisans d’une méthode qui se décline par un temps suffisant durant lequel nous expérimenterons des responsabilités et ensuite le peuple se prononcera. Ce temps me paraît indispensable pour nous préparer, pour obtenir les garanties, c’est-à-dire l’égalité sociale, l’égalité des droits. Sinon, nous nous dirigeons tout droit sur une pente d’où nous ne saurons pas remonter.

Et si Nicolas Sarkozy donne, vendredi, un calendrier précis sur la consultation, que ferez-vous ?

Nous prendrons position. Mais je le répète nous sommes favorables à un calendrier en deux temps qui nous parait le meilleur pour aboutir à ce changement. Un premier temps pour négocier et préparer, et un deuxième temps pour le succès.

J’ai proposé une méthode qui passe par un temps suffisant pour négocier avec le gouvernement, préparer l’accès à l’autonomie égalitaire, qui est le contraire de l’autonomie-sanction que l’on nous a préparée.

Vous ne répondez donc pas à la main tendue par Alfred Marie-Jeanne ?

C’est extraordinaire. Je fais un appel, je tends la main, mais c’est moi qui dois voir une main tendue par Alfred Marie-Jeanne. Quelle main a-t-il tendue ? J’ai proposé que l’on discute d’une motion au début de séance du congrès. On refuse. Je la présente néanmoins en fin de séance, mais j’avais proposé qu’à défaut d’être discutée, elle puisse devenir une déclaration du PPM. C’est ce que j’ai fait et non parce que l’on me l’a demandé. Le PPM a l’habitude d’être seul dans ses combats. Cela ne changera pas demain. Mais si on veut discuter, eh bien nous discuterons.

Si cette motion avait été discutée en début de séance, elle remettait en cause les résolutions adoptées le 18 décembre dernier ?

Il est vrai qu’examinée en début de séance, elle aurait ouvert des espaces de dialogue et de discussion. Et elle ne remettait pas en cause l’autonomie. Elle aurait établi un processus d’accéder. Et ce qui nous sépare des autres c’est la lecture sur l’article 74 actuel de la Constitution qui est une remise en cause du principe de l’égalité des droits. Et c’est là, la différence fondamentale. Aussi, la majorité du congrès a trouvé une parade qui consiste à ne demander aucune compétence propre à la nouvelle collectivité. Aucune. Il n’y a que des adaptations des lois et règlements. On parle de l’autonomie Césaire, mais on ne demande aucune compétence supplémentaire. Aucune!

Vous ne ferez donc pas un bout de chemin avec la majorité constituée autour du MIM et du RDM ?

Je répète que j’ai fait un appel, j’ai tendu la main. À moins de la considérer avec mépris, mais qui pourrait m’empêcher de la tendre ? Je dois obéir ? Il faudrait s’exécuter selon un diktat ?

En réalité, pour vous, les explications ne font que commencer ?

Elles ont commencé il y a plus de cinquante ans. En 1946, Aimé Césaire a pris la décision d’arriver à la décolonisation par l’intégration, en cherchant à conquérir des droits. Ceux des travailleurs, la retraite, etc. Et il a ensuite évolué vers l’autonomie. Ce sont ces deux enjeux qu’il faut absolument conjuguer. Et c’est là qu’il ne faudra pas se tromper. L’égalité des droits n’est pas constitutionnalisée dans l’article 74, alors que l’autonomie l’est. C’est sur cet enjeu qu’il faut se battre. Et je suis totalement déterminé à me battre.

Même isolé ?

Je ne me sens pas isolé. Lorsque le peuple vous écoute, vous n’êtes pas isolé. Je regrette profondément l’absence d’ouverture par ceux qui partagent certainement la même ambition de parvenir à l’autonomie. Mais on ne peut pas minimiser la méthode, ni la portée d’un tel choix sur le plan du progrès, du développement et de la liberté. Je me réfère à un article de 1964 d’Aimé Césaire qui disait qu’il fallait refuser de se plier à la conception odieuse de l’abandon. L’abandon de soi-même. Aussi, nous verrons ce que le peuple dira. Et j’en prendrai acte.

Jusqu’où irez-vous dans votre combat ?

Je mènerai le combat partout où je serai. Je prendrai mes responsabilités, notamment à l’Assemblée nationale.

On verra ce qui se passera. Mais je rappelle que pour permettre la consultation de la population, il a fallu une révision de la Constitution.

Pourquoi ce qui était possible en 2003 ne le serait-il pas en 2010 ? Pourquoi ceux qui critiquaient l’article 74 en 2003, lui trouvent des vertus aujourd’hui ? Je prendrai des initiatives pour y arriver. Et si un front commun se constitue, je crois que tout deviendra possible.

Êtes-vous amer ?

Pas du tout. Je suis un homme tranquille. Et défendre ses idées ne vous donne pas le temps d’être amer. Ce sont les difficultés à s’exprimer dans une démocratie qui m’inquiètent.

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