Accueil Politique Evolution institutionnelle - Consultation : Alfred Marie-Jeanne ne trouve pas les mots justes avec les chefs d’entreprise

- Consultation : Alfred Marie-Jeanne ne trouve pas les mots justes avec les chefs d’entreprise

largionmondeconomique.jpgFrancette Rosamont

Le président du conseil régional a rencontré des chefs d’entreprise hier pendant trois heures à l’hôtel de Région : un long monologue…

Alfred Marie-Jeanne, le président de la Région Martinique, n’a pas su trouver ni les mots justes ni la bonne distance avec les chefs d’entreprise venus pourtant nombreux le rencontrer à l’hôtel de Région hier après-midi dès 16 heures dans l’espoir d’échanger avec lui et de lui faire préciser les contours de sa vision économique au sein de l’article 74. « Il est prisonnier d’un personnage qui fait peut-être sensation sur les tréteaux de campagne, mais qui frôle le pathétique quand on n’est pas face à un auditoire conquis, qui plus est en attente de réponses pragmatiques”, déclare un dirigeant de société de services aux entreprises.

> Un long monologue

De nombreux présents oscillaient entre écoute polie et un acte de contrition face à un ténor fatigué : “Cela a été un long monologue d’un homme amère qui énumérait tout ses combats et qui ne comprenait pas pourquoi on ne voulait plus le suivre”, complète une coiffeuse, encore surprise de la prestation.

 

Dans sa longue introduction, le président Marie-Jeanne a égrainé pour les combattre les griefs à son encontre les plus souvent entendus dans le milieu économique. L’instabilité créée par le changement de statut ? C’est ne pas en changer ou reculer l’échéance qui au contraire créera l’instabilité selon lui. Le manque de réactivité de la Région face à la crise ? Par comparaison, la France n’aurait pas été si réactive que cela non plus à ses yeux dans la même situation. Le manque de lisibilité ? Le monde étant devenu « turbulent » selon son expression, le président Marie-Jeanne exhorte les chefs d’entreprise à s’adapter. Un Schéma martiniquais de développement économique (SMDE) encore trop philosophique ?« Il vaut ce qu’il vaut et il a le mérite d’exister », tranche-t-il, suivie d’une longue digression sur l’incompétence. “J’ai vraiment eu l’impression d’être devant un maître d’école ou encore mieux mon père me faisant la leçon”, a soufflé un industriel au bout de la salve.

> L’honneur retrouvé

Moins de dix questions ont ensuite été posées pendant les deux heures et demi qui ont suivi, durée durant laquelle le président a annoncé que la collectivité sous l’article 74 aura toute latitude pour créer une banque tournée vers le développement et pourra même contraindre les banques installées à agir différemment avec les entreprises notamment ; que c’est par mauvaise interprétation qu’on prétend qu’il y aura des difficultés de circulation des biens et des personnes dans la nouvelle collectivité avec les dispositions envisagées notamment celles concernant le foncier et sa transmission ; que la Région n’a aucun emprunt, parce que c’est un point« d’honneur » du président qui a très mal vécu une mise sous tutelle voilà plus de 20 ans de la collectivité à laquelle il appartenait, précisant au passage que« l’honneur » dont il parle n’a pas cours dans le milieu des chefs d’entreprise… ; ne pas avoir d’emprunt a aussi été sa manière d’anticiper la fusion des collectivités, bien avant qu’Edouard Balladur n’envisage sa réforme ; et que lui seul avait compris avant tout le monde la double attente du peuple, à savoir, vouloir coopérer tout en restant soi-même.

Vincent Louis-Félix Duville, vice-président, chargé du développement économique, a de son côté expliqué qu’avec l’article 74, on pourra régler le problème du transport en créant une autorité unique de gestion pour la Martinique devenue un périmètre unique. Pour lui, l’article 74 présente l’avantage de pouvoir contraindre ceux qui ne sont pas d’accord, alors que demander une habilitation dans le cadre de l’article 73 nécessite que tous les élus concernés soient d’accord ; ce qui n’est visiblement pas le cas. Selon lui, seule la concentration des pouvoirs pourra insuffler le changement.

“A l’heure où l’on vante l’approche participative et la nécessité de convaincre, de dialoguer, entendre ce discours porte à réflexion”, a observé un représentant d’un syndicat patronal.

A une question d’un dirigeant d’une société d’informatique qui souhaitait savoir si l’équipe avait préparé un tableau économique comparatif entre l’article 73 et l’article 74 avec les grandes entrées telles que PIB, le salaire moyen, le pouvoir d’achat, etc., le président a simplement répondu qu’il se f… du PIB, qui, selon lui, est un indicateur non pertinent ; quant au salaire moyen…

La salle des délibérations s’est vidée petit à petit…

Que faire des patronnes de presse ?

La « dent » qu’Alfred Marie-Jeanne a contre les journalistes est connue. Que faire quand une journaliste se trouve être la créatrice de deux entreprises dont l’une ayant employé juste avant la crise jusqu’à six salariés, dont leur gérante est qui plus est présidente de la section Martinique des conseillers du commerce extérieur de la France, adhérente à un syndicat professionnel qui, en tant que chef d’entreprise, l’a invité à rencontrer président de Région Martinique alors que la presse était strictement interdite d’enceinte ? Après une poignée de main courtoise, le président Marie-Jeanne a grommelé à trois reprises que les journalistes n’ont pas le droit de poser de question. Par trois fois, notre directrice des éditions lui a répondu qu’elle est aussi chef d’entreprise. Des flèches ont été décochées à la tribune en préambule. Elles sont passées sans dommages : à Inter-Entreprises, ayant été prises à partie lors de conférences de presse – ce que nous refusons dans la forme-, nous avons décidé voilà plus de trois ans, de ne plus poser de questions en vis-à-vis au président Marie-Jeanne ; de les lui transmettre par écrit si nécessaire afin qu’il y réponde au calme dans son bureau. C’est ce que nous avons fait en juin dernier après le congrès des élus (voir article lié)

Par Francette Rosamont

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7 Commentaires

  1. Flora

    13 janvier, 2010 à 4:58

    Mais pourquoi Mr Gallion craint-il autant AMJ ?

    Répondre

  2. mistergg

    9 janvier, 2010 à 21:57

    c’est bien que l’on puisse enfin comprendre qu’AMJ n’a rien à f…, ni de développement économique, ni de mieux être des Martiniquais.
    il n’y a qu’à voir l’état de délabrement socio éconmique avancé de rivière-pilote pour s’en rendre compte de la réalité.
    son seul objectif, nous le connaissons tous…
    on ne confie pas à des indépendantistes le soin de négocier notre statut dans la république, de même qu’on ne confie pas la garde d’un poulailler à un renard…

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  3. jc Dupont

    9 janvier, 2010 à 21:30

    Le seul programme d’AMJ, c’est le séparatisme. Comme du PIB de sa future nation et des revenus de ses futurs sujets, tout le reste,il s’en f…
    Et l’unique programme de ses acolytes, (au premier rang desquels le grand,l’immense, l’incommensurable Raphaël CONFIANT) est de régler des comptes. L’ensemble étant inspiré par la haine de l’autre, déguisée en « exigence identitaire ».
    Pas étonnant que de tels « programmes », émanant de soi-disant « responsables du développement économique » de l’île (quelque soit son statut actuel ou futur), ne convainquent pas les chefs d’entreprise !.
    Mais au fait, où MARIE-JEANNE et CONFIANT ont-ils pris que l’autonomie politique pouvait précéder l’autonomie économique ?. L’histoire nous enseigne au contraire (sauf révolutions extrêmement sanglantes mettant en place des dictatures imposant l’ apauvrissement général) que, pas plus que l’indépendance, l’autonomie politique ne se décrète pas mais vient naturellement dès lors que l’autonomie économique est possible.

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  4. domy

    9 janvier, 2010 à 20:49

    Il veut mettre tout le monde à portée de calottes. Avec les journalistes et les intellectuels, c’est facile. Avec les patrons, il estime que c’est possible.

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  5. zig972

    9 janvier, 2010 à 19:21

    Bravo Mme Rosamont. Continuez.

    Si je comprends bien, c’est 4 jours avant la consultation, que les élus du congrès prennent leur premier contact avec le monde économique: ceux qui créent ces fameux emplois à réserver.

    Si je comprends bien il n’y a aucun projet économique, dans le 74 préparé par les élus du congrès.

    Si je comprends bien, même les chefs d’entreprise doivent voter et ensuite ils sauront comment on compte développer La Martinique.

    On va contraindre les banques ???????? Comment ?
    Et pour les emplois? Et les centres d’activités ? Et pour la formation des jeunes ?? …………. RIEN

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  6. Maryz

    9 janvier, 2010 à 18:43

    Très bien Mme ROSAMONT… je sais que vous n’allez pas vous laisser « abattre » sans le crier!!
    la rencontre avec les agriculteurs étaient dans le même ton.
    quant à cette plainte … « pour que les perroquets et perroquettes arrêtent de perroquer » !!! ce serait à mourir de rire si l’heure était moins grave …
    en tout cas pour moi c’est NON au 74 … NON à MARIE-JEANNE et LISE

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  7. Koke-ette972

    9 janvier, 2010 à 17:33

    Très bon article..c’est bien d’avoir et de conserver votre liberté Mme Rosamont!!

    On a pu l’observer lors du JT d’ATV le soir de la révélation de l’affaire du Canard, vous avez répondu à la question clairement quand votre confrère de FA, Mr Gallion s’est pitoyablement embrouillé de peur de s’attirer les foudre de SAS AMJ…

    Il est important de des journalistes puissent continuer d’informer LIBREMENT les Martiniquais!!

    Merci de nous avoir relaté ce qui s’est passé!

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