Accueil Politique Evolution institutionnelle - Marie-Luce Penchard : Nous savions que le NON aurait été important

- Marie-Luce Penchard : Nous savions que le NON aurait été important

Vous attendiez-vous à un non aussi massif ?

En Martinique, nous savions que le non aurait été important, peut-être pas dans de telles proportions, mais c’est qu’en Guyane, ça a été une surprise même si des éléments nous laissaient à penser qu’on pouvait avoir aussi un non. Mais je crois que par ce vote, les électeurs ont voulu montrer très clairement leur attachement à la République. Ils voulaient surtout dire qu’ils souhaitaient que lien qui les unit à la République reste étroit, reste très fort. Parce que, même si au territoire, on peut mener un certain nombre d’actions et assumer des responsabilités, la solidarité nationale apporte beaucoup à ces territoires. Non pas simplement dans le domaine des prestations sociales. Je pense notamment aux Guyanais en difficulté face à la fermeture du pont du Larivot. L’Etat a mis en place des mesures importantes. Elles ne sont pas complètement satisfaisantes mais l’Etat est en capacité de faire un certain nombre de choses qui nécessitent d’avoir un rayonnement qui ne soit pas simplement celui d’un territoire, mais aussi un réseau diplomatique, les moyens de l’armée, des moyens financiers qui peuvent être dégagés et, aujourd’hui, sur une opération comme celle du Larivot, on voit que ce sont 17 millions qui ont été débloqués en très peu de temps puisque le coût de la réparation est de 8 millions d’euros. Il y a donc la question de la solidarité, mais il ne faut écarter le fait que la crise sociale a pesé lourdement sur la décision des électeurs, parce que par rapport à un mouvement qui posait des difficultés, il n’y avait pas de réponses.

Et en posant le débat sur l’évolution institutionnelle sans avoir une force de conviction qui montrait vraiment où allait ce changement de statut, je crois qu’ils ont préféré la prudence. Ils ont eu une attitude de protection et n’ont pas fait le choix de ce passage à l’article 74.

Ne fallait-il pas dès le départ dire de quoi serait faite la loi organique ?

On ne peut pas poser la question en ces termes parce qu’il faut aussi que le Parlement joue son rôle. A vouloir tout arrêter au préalable, en faisant un vote qui viendrait plébisciter, ce serait une remise en cause des pouvoir du Parlement. En revanche, ce n’est pas parce qu’on a cette difficulté un peu juridique qu’on n’aurait pas pu avoir un débat plus poussé, notamment par rapport à ceux qui ont demandé cette évolution, pour dire très clairement pourquoi il voulait cette évolution, pas simplement à partir d’une idéologie qui consiste à dire qu’avec plus de compétences on pourrait mieux assurer ses responsabilités, ce n’est pas ça qu’il fallait dire, mais quelles compétences, quel niveau de dotations, quelle fiscalité pour gérer le territoire. Ce débat n’est pas venu. On est resté, j’ai l’impression, sur un débat trop juridique. Sur la question de l’emploi local, on n’a pas très clairement indiqué comment les choses allaient se mettre en place, parce qu’il y a des liens de parenté entre ceux qui sont au pays et ceux qui sont dans l’Hexagone. Ces questions n’étant pas posées très clairement, il était difficile pour les électeurs d’aller vers le 74 sans avoir ces assurances. Parce qu’en restant dans une organisation au titre de l’identité législative, les électeurs savent pertinemment que lorsqu’un texte est voté, il est automatiquement appliqué sauf adaptation.

L’Etat n’a-t-il pas sa part de responsabilité. Le Parti socialiste par la voix d’Axel Urgin prétend que le président de la République a fait exprès de laisser planer des zones d’ombre ?

Le PS est toujours à côté de la plaque lorsqu’il s’agit de faire une analyse politique. Le gouvernement n’a jamais souhaité cette évolution institutionnelle, il a toujours dit que ça n’était pas son projet mais celui des élus. Sinon, l’Etat se serait donné les moyens de dire pourquoi et jusqu’où. Il appartenait à ceux qui avaient demandé cette évolution institutionnelle, à partir des délibérations du congrès, d’aller dans le détail et de faire un débat. Moi-même, j’étais en attente de savoir jusqu’où ils souhaitaient cette compétence. Nous n’avons pas eu toute cette lisibilité qui aurait donné lieu à négociation après le vote.

Est-ce que la situation financière de Saint-Martin que l’Etat est venu renflouer en décembre n’a pas été un épouvantail ?

Je ne crois pas qu’il ait eu comparaison. La question qui se posait est que dans le cadre d’un transfert, il y a une dotation à un temps donné. Et dans 5 ans, si cette dotation ne suffit pas, comment fait-on en sorte d’avoir les recettes complémentaires ? Je crois que ceux qui ont demandé cette évolution institutionnelle auraient du apporter ces réponses. Ca aurait peut-être facilité les choses. Après, il est facile de dire que c’est la peur mais il faut savoir se remettre en cause et savoir aller au bout se son raisonnement. Au-delà de la peur sur les minima sociaux, il y avait aussi en matière d’aménagement du territoire des difficultés financières. Les gens voient bien ce qui se passe dans d’autres territoires régis par le 74.

Que les électeurs votent oui ou non le 24, vous avez dit que de toute façon la réforme territoriale s’appliquerait…

Si les gens répondent oui le 24, il y aura une collectivité unique dans le cadre de l’article 73, s’ils disent non, cela voudra dire qu’ils souhaitent la réforme territoriale comme aujourd’hui les Réunionnais le manifestent et qu’il n’y aura pas comme par le passé cette question qui pourrait revenir. Je crois que pour la stabilité économique, il fallait évacuer aussi cette question. On n’aura pas à chaque difficulté le débat sur l’évolution institutionnelle. Le gouvernement a vu juste en disant que ce n’est pas la question du statut qui est prioritaire.

Vous avez voulu purger la question…

Mais oui ! Il faut y mettre un terme. La question du statut embolise le reste et ça ne permet pas de voir ce qu’il fait faire et quelles sont les solutions à porter. On part dans un délire et dans un débat idéologique et intellectuel auquel les Ultramarins ne comprennent rien. Par un vote aussi massif, ils ont dit : Ca suffit !

Ca vous aura permis de rebattre les cartes juste avant les régionales, c’est pas mal joué !

Pas « pas mal joué » pour nous ! Nous n’avons pas demandé ce calendrier. Le président a reçu les quatre présidents des exécutifs et, avec eux, il a déterminé ce calendrier qui n’était pas forcément le sien. Donc, on ne peut pas faire aujourd’hui un procès au gouvernement d’avoir eu une tactique politique. A eux aussi de tirer les enseignements, ils savaient que cette consultation allait se passer deux mois avant les élections régionales, avec toutes les conséquences qu’on a lorsqu’il y a un vote à l’approche d’une échéance importante.

Quel est votre prochain déplacement outre-mer ?

Je pars dès jeudi en Guadeloupe mais pour m’engager dans la campagne des élections régionales. J’y pars pour 24 heures. J’y vais essentiellement par rapport au fait que je suis candidate aux élections régionales parce qu’il s’est passé quelque chose au sein de l’UMP de Guadeloupe. J’y vais pour ça mais je n’y vais pas parce qu’il y aurait soi-disant un appel à la grève.

Allez-vous rencontrer Laurent Bernier ?

Je rencontrerai tous mes amis politiques.

Il y a eu une mobilisation samedi, un appel du LKP à la mobilisation pour le 20 janvier. Restez-vous optimiste quant à la tension sociale ?

Il faut toujours être prudent par rapport à la tension sociale. Les problèmes sont là, le taux de chômage important, 50 % chez les jeunes, 40 % de la population qui vit des minima sociaux… Vous ne pouvez pas vous dire que les choses vont se dérouler dans de bonnes conditions. Donc on est toujours sujet à une difficulté sociale qui peut s’exprimer à n’importe quel moment. Ce territoire souffre, les Guadeloupéens souffrent d’abord d’une image dont ils ont l’impression qu’elle est déplorable au plan national. Ils voient bien que les difficultés sociales se sont aggravées, que la crise n’a pas entraîné de solutions de la part de ceux qui l’ont menée, qu’il y a eu davantage une casse sociale… Ca ne peut pas durer. Ce n’est pas en défilant, en chantant et en répétant les mêmes litanies qu’on va faire avancer la Guadeloupe.

Il y a néanmoins eu du monde dans la rue…

Les gens ne sont pas dupes et je ne crois pas qu’ils vont suivre. La manifestation de samedi avec 7 500 personnes dont 2 000 carnavaliers montre bien qu’on veut faire du chiffre avec peu. Ces manifestants, on les connaît. Ce sont toujours ceux qui, depuis 20 ans, défendent une idéologie qui n’est pas celle des Guadeloupéens puisque je rappelle qu’il y a 400 000 habitants qui ne partagent pas cette idéologie. Mais cette majorité silencieuse, si en juin, elle ne voulait pas s’exprimer, maintenant, je sens une envie pour elle de dire que ça suffit et elle a envie de s’exprimer. Peut-être que l’élection de mars 2010 va permettre d’insuffler une nouvelle dynamique. Je le souhaite quelle que soit la majorité qui va sortir des urnes.

Propos recueillis par FXG, agence de presse GHM

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Un commentaire

  1. Réaliste

    14 janvier, 2010 à 18:56

    Je dédicace cet article à pat972 mon ami de l’article 74 embryonnairement-défunt.

    Répondre

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