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LA SARA, POURQUOI PAS UN POLE INDUSTRIEL ET DE RECHERCHE

MOTEUR DU DEVELOPPEMENT MARTINICO-ANTILLAIS ?

Raphael VAUGIRARD

Economiste

Conseiller général du Gros-Morne

Nous devons réfléchir sérieusement sur l’excellent rapport remis en octobre 2009 par l’ARACT relatif à la filière pétrolière organisée autour de la raffinerie, la SARA. La commande passée par le Préfet visait globalement, d’auditer la pertinence du mode de fixation des prix des carburants qui a déclenché la mobilisation en Guyane, en Guadeloupe puis en Martinique en février 2009 ; de réexaminer les préconisations de rapports officiels (Doumain-Guignard 2001 ; Bolliet 2009,..) ; d’étudier le fonctionnement de la filière… La grande qualité du rapport (rédigé par Danièle Laport, Michel Branchi), permet cependant d’aller au-delà de la mission première et apporte des éléments intéressants à la question fondamentale « Quel avenir pour la SARA ? ». Ne prenons-nous pas le risque, en nous désintéressant de ce dossier, de rater une opportunité majeure de mieux intégrer cette unité dans notre développement ?…. Ce questionnement n’est pas sans urgence ou gravité quand on sait que l’hypothèse de l’arrêt de cette unité industrielle est envisagée. La fermeture d’une raffinerie de Total à Dunkerque est là pour nous rappeler avec quelle brutalité une telle décision pourrait se prendre, alors que nous n’aurions réfléchi sur aucune alternative ! A l’heure où la Martinique souhaite réorienter son modèle de développement il est capital que nous osions entrer dans des stratégies participant de la mondialisation. C’est le sens de cette contribution…

Nous subissons le prix du pétrole devenu un produit spéculatif et financier

Depuis le basculement, dans la période 1975-85, du pétrole, de produit abondant en produit en voie d’épuisement, cette ressource est devenue par là même un produit spéculatif sur les marchés financiers pour le plus grand intérêt des compagnies pétrolières pouvant spéculer sur les cours du baril de brut.

 Du fait de l’inélasticité-prix de la demande de carburants lié au boom de l’automobile, les grandes compagnies internationales (Total, Texaco,..) et l’OPEP gèrent concurremment la raréfaction de l’offre pour faire monter les cours du brut. En témoigne l’évolution fulgurante des cours entre 2007 et 2008, où le baril de brut a grimpé à Wall Street de 53$ en janvier 2007 à 160$ en juillet 2008 ! Hausse irrésistible qui provoquera le phénomène de surapprovisionnement des marchés, lequel à son tour induira la tendance inverse, la chute vertigineuse des cours à 40$ dès novembre 2008. Et c’est l’important retard pris dans la répercussion à la baisse du brut dans les prix de la SARA qui mettra le feu aux poudres en Guyane où le litre de sans plomb avait atteint 1,77€ !! La crise de l’essence en Guyane va s’exporter en Guadeloupe (LKP) et en Martinique (K5F)… L’antillanisation de la crise populaire conduira l’Etat à imposer à la SARA une baisse des prix dans des proportions non négligeables compensée par une dotation. Le mode de calcul des prix des carburants (décret préfectoral de décembre 2003) a été ainsi mis sur la table des négociations et remis à l’étude. L’information que les bénéfices de Total (compagnie détenant 50% du capital de la SARA) en 2008 atteignaient 14.5 milliards d’€ et 8 milliards en 2009 nous a fait prendre conscience que Total et ses partenaires sont loin d’être des sociétés de bienfaisance.

Pour l’avenir de la SARA, quels intérêts privilégier ? Ceux de la SARA ? ou ceux de notre développement ?

Les intérêts de la SARA  obéissent à une logique micro-économique : ils pourraient se résumer par le fait que le système de prix administrés régulant les prix de sortie des carburants et donc de détail pour les consommateurs, contrarie les objectifs propres de l’entreprise en termes de résultats, d’investissement et de rentabilité. Cette raffinerie de 0,8 mégatonnes (conçu pour le marché antillo-guyanais) contre 6 à 30 mégatonnes dans la Caraïbe, réalise 9.1% de profit entre 2004 et 2008, quand d’autres unités en Europe, en réalisent 24.1%. Aussi la tentation est grande, dans la myopie de cette approche micro-économique, d’envisager son remplacement par une stratégie commerciale d’importation et de stockage remettant les marges de l’exploitation dans la norme capitaliste mondiale. Cette option s’affranchit complètement des questions de développement des DFA. C’est la position que semblent défendre la Guadeloupe et la Guyane arguant des possibilités qu’offre le marché d’approvisionnement régional tout près de nous, ie, Trinidad ou Venezuela porteur de l’opération « petrole caribe ».

Faire émerger les intérêts macro-économiques Martinico-antillais. Nous avons tendance à focaliser notre inquiétude sur les risques de perte des 500 emplois directs et indirects de salariés antillais de la SARA, ou encore de la disparition d’une filière industrielle porteuse de technologies nouvelles… certes, c’est légitime. Mais notre perte pourrait être encore plus grande et d’une autre nature, celle mettant à nu notre incapacité à lire un enjeu macro-économique et à y apporter une solution innovante. En effet, lorsque l’on regarde les choses de plus près, on s’aperçoit que, 1) nul ne remet en cause la nécessité d’un système de prix administrés pour préserver les consommateurs antillais des folies du marché. Or cette régulation est en aval de 2 étapes libérales soucieuses de rentabilité que sont l’approvisionnement en brut et la transformation industrielle de la raffinerie ; 2) la SARA est une société anonyme évoluant selon une logique plus financière qu’économique ! Total le principal actionnaire détenant 50% des 110 Millions d’€, et ses partenaires (VITO (Shell), ESSO, TEXACO,..), ne souhaitent que réaliser des résultats dans les normes mondiales de ce type d’exploitation… Et, c’est à nous, martiniquais et Antillo-Guyanais de faire émerger les intérêts de nos économies antillaises dans l’exploitation de la filière. Comment ?

Pourquoi pas une OPA au capital de la SARA ?  Dans les options d’avenir de la SARA nous pourrions étudier la faisabilité d’une Offre Publique d’Achat (OPA) visant à maîtriser une part du capital par un acteur public majeur. Il s’agirait de faire cette importante activité stratégique intégrer une nouvelle gouvernance qui ne serait plus celle d’une enclave industrielle, mais celle d’un pôle moteur du développement de nos pays, venant enrichir notre recherche-développement et booster d’autres activités induites. Nous n’avons hélas, pas l’habitude de ce type de réflexion, ni de ce type de montage… Mais la mondialisation impose des solutions et des visions financières aux problèmes économiques. Elle impose une lecture rapide des enjeux pour ne pas rater les opportunités. Ainsi, qu’est-ce qui empêcherait la Collectivité régionale de maitriser, grâce à un emprunt, la part du capital (30 ou 50 millions d’€) donnant droit au pouvoir de décision ? Ce pouvoir de décision est la clé d’une nouvelle gouvernance. La collectivité publique pourrait se refinancer par la revente de l’emprunt sous forme de titres (obligations, F.C.P., actions,..) aux épargnants antillais, avec la garantie d’une rentabilité la plus proche possible du taux de profit. La SARA deviendrait en quelque sorte une société d’économie mixte qui devra alors servir notre développement enrichissant notre fiscalité (octroi de mer, ..) et faisant fructifier sur place l’épargne locale. Le plus gros danger qui existe dans cette affaire, le plus catastrophique aussi, serait de regarder les choses se faire sans nous…

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