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- Le problème des commentaires ne vient pas des commentaires

J’en viens à penser que le problème avec la qualité des commentaires en ligne est une question de timing.

Quand, dans les médias, nous avons fini notre travail, nous autorisons le public à commenter. Nous envoyons notre produit de l’autre côté du mur et laissons les gens réagir tandis que nous nous retirons dans notre château pour ne pas les entendre. Ils savent alors qu’ils ne parlent qu’aux briques et, du coup, ils crient et les couvrent de graffitis. Nous avons simplement le pouvoir de nettoyer ce désordre mais nous avons déserté la scène et les murs du château se retrouvent rapidement couverts de graffitis.

Ce timing, insultant pour le public, vient de la manière dont les vieux médias voient Internet. Nous pensons qu’Internet est un média et que nous mettons en ligne des produits que les gens consomment.

Ouvrir la conversation plus tôt dans le processus

Lorsque, à la place, nous ouvrons la conversation plus tôt dans notre processus, alors là elle peut devenir plus collaborative et plus productive : nous demandons aux gens de nous éclairer avec ce qu’ils savent, ce qui représente une marque de respect et de valeur. Nous écoutons leurs conseils et leurs demandes. Nous en finissons avec la séparation du public, nous opérons la jonction. Attendre que nous ayons fini pour écouter, c’est trop tard.

 

Nous devons arrêter de regarder Internet comme un média. J’ai passé un long moment ce week-end à en parler avec une journaliste qui écrit un article sur les commentaires insultants et j’ai essayé de la convaincre que la vue issue du fonctionnement des médias que nous, les médias, tentons d’imposer sur Internet est la plus grande partie du problème.

Lorsque nous traitons Internet comme un média, nous voulons qu’il soit bien rangé et propre, contrôlé comme les journaux ou les magazines. Lorsque quelqu’un lâche une grossièreté ou un commentaire désobligeant, nous pensons qu’il ruine tout l’édifice, comme si un mauvais éditeur avait laissé passer le mot « merde » dans une lettre publiée par le New York Times.

Internet est un lieu, pas un média

Mais comme Doc Searls (blogueur, journaliste spécialiste des logiciels libres, ndt) me l’a enseigné, Internet n’est pas un média. Le prendre comme tel amène à toutes sortes d’a priori dangereux sur le contrôle, la propriété et la réglementation. Non, dit Doc, Internet est un lieu. C’est un parc ou un coin de rue où les gens passent et se rencontrent, se parlent et se disputent, où ils ont raison ou tort, où ils se connectent entre eux, ainsi qu’à des informations, et où ils agissent. C’est un endroit public.

Maintenant prenez les choses autrement : si vous croisez quelqu’un lâchant un juron dans les rues de New York, est-ce que vous vous promettez de ne plus y remettre les pieds ? Pas moi (d’autant que je suis peut-être celui que vous avez croisé).

Tout cela ne signifie pas que j’accepte, ou que nous devrions accepter, le niveau du discours sur Internet tel qu’il est. Non, j’en suis venu à penser que les commentaires sont une forme inférieure de conversation pour les raisons que je viens de souligner. A contrario, nous voyons se développer des formes supérieures, comme Twitter.

Twitter, comme Facebook, est construit essentiellement sur des identités réelles et sur le contrôle des relations. Je décide qui je suis et vous décidez si vous me suivez. C’est une méritocratie individuelle dans laquelle chacun de nous définit le mérite.

La question de l’anonymat n’est pas le problème principal

Auparavant -et toujours aujourd’hui- on entend que l’anonymat est un problème et que l’identité le résoudra. Ça n’a jamais été le cas. L’identité seule n’est pas suffisante. Je peux connaître l’identité de celui qui lâche des jurons dans les rues de New York et ça ne m’empêche pas de les entendre.

Des contrôles sociaux sont nécessaires pour que je puisse l’éviter. C’est ce que Twitter et Facebook nous offrent. Le résultat est une meilleure discussion. Je ne retrouve pas Twitter et Facebook remplis de détritus et, quand je tombe dessus, j’arrête de suivre ; quand quelqu’un me crache dessus, je le bloque (si seulement je pouvais à la place lui donner des médicaments) […].

Les commentaires, comme forme de conversation, doivent-ils être éliminés ? Non, bien sûr que non. L’outil n’est pas le problème (pas plus que les outils de blogs ou les imprimeries). Si vous éliminez les commentaires, c’est encore plus insultant que de ne pas les écouter.

Vous risquez d’abandonner la valeur incroyable que le public peut apporter s’il y est encouragé (une valeur que j’ai clairement vue sous mes posts ici ou ici). La question n’est pas les commentaires ou l’identité ou l’enregistrement ou les outils. La question est comment vous vous comportez en tant qu’hôte.

http://www.rue89.com/presse-sans-presses/2010/03/28/le-probleme-des-commentaires-ne-vient-pas-des-commentaires-144980

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