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Maurice Claude

1- Lignes d’horizon

Lorsque Homo Erectus s’est mis debout dans la savane et a regardé autour de lui, il a pris conscience d’une autre dimension de son environnement, l’horizon. Avant lui… Homo Habilis avait imaginé des outils pour se nourrir et se défendre, puis Homo Ergaster (l’Artisan) affina les outils imaginés par Homo Habilis, leur horizon ne dépassait pas la cime des arbres, les hautes herbes, ou la profondeur des grottes de leur habitat……Arriva alors Homo sapiens, notre ancêtre le plus commun qui partit de l’Afrique, découvrit la « courbure » de la terre, la colonisa de l’Asie aux Amériques et jusqu’aux contrées infinies des pôles. Avec son cerveau qui se développa au cours du temps, il accéda à l’abstraction, développa de l’intelligence, des cultures et croyances pour comprendre et appréhender son nouvel environnement. Ces évolutions successives engendrèrent l’Homme Moderne qui le siècle dernier découvrit un nouvel horizon en se rendant sur la lune, l’espace. Cette description comprimée de l’évolution des Hominidés montre que l’espèce humaine, a toujours recherchée à découvrir de nouveaux horizons, quand l’environnement qu’elle occupait jusqu’alors, se restreignait ou le contraignait. Il ne fait aucun doute que le modèle économique dominant, exerce de telles contraintes (spéculation, appât du gain, épuisement, pollution, gaspillage, pauvreté…) sur l’homme et la terre, que continuer dans la direction prise depuis plus de deux siècles, assombri notre horizon actuel et risque de conduire à terme, à une évolution non contrôlée de notre branche d’Homo Sapiens-Sapiens (Homme moderne) . Notre Ile et son peuple ne peuvent ignorer ces enjeux vitaux et se croire à l’abri des présents bouleversements. Par ailleurs une des contraintes les plus fortes à laquelle notre peuple île est soumis est que son moteur de développement interne (créateur de richesses) est défaillant, il dépend incroyablement de sa métropole (notre taux de couverture est de 20%, Insee 2006). Notre pays Ile, depuis plus d’un demi-siècle, ne génère plus suffisamment de richesses pour établir avec son environnement proche et/ou lointain, des relations d’échanges valorisantes. A la vue de ce constat notre peuple Ile, doit résolument regarder le nouvel horizon qui lui fait face, celui de production de richesses dans un environnement en pleine mutation. Mais qu’est-ce donc la richesse ? La Martinique, en possède-t-elle ? Quels sont, son patrimoine, ses biens, ses revenus.

Comme patrimoine, nous avons reçu en héritage, une terre labourée et transformée inlassablement par le travail des Créoles, descendants des esclaves et des colons, des siècles passés. Cette terre à l’échelle du globe est une tête d’épingle, mais il est extraordinaire de trouver sur un peu plus de 1000 km2 une si grande diversité. Mer, savane, montagne, eau, diversité végétale, forêt, soleil, peuple, culture et solidarité créole. Il y a priorité de travailler c’est-à-dire acquérir des connaissances, expérimenter, éprouver, persévérer, caractériser, standardiser et mieux nous organiser pour valoriser nos richesses afin d’en tirer le meilleur profit. C’est la, une des lignes de notre nouvel horizon.

 

Quant à nos biens générés par l’économie de consommation, qui a relégué au second plan l’économie de production des années 60, ils laissent sur les bords de l’activité travail plus de 22% de la population active. Les services, générés par l’activité import de marchandises de toute nature, ne peuvent produire suffisamment de richesses réelles pour retirer une partie de la population inactive de la marginalité et de la délinquance. L’expérience des 50 dernières années nous commande d’orienter l’économie du pays île, dans une autre direction. Il est urgent de faire preuve d’imagination pour créer de nouveaux biens et services afin d’en tirer des gains substantiels. C’est là encore une des lignes de notre nouvel horizon.

Quand à nos revenus, issus pour partie des capitaux investis, de la rémunération du travail, des dotations de l’état, et pour autre partie des allocations de nature sociale, ils nous permettent de maintenir un niveau de richesse apparente sans équivalent dans les Caraïbes, mais est-ce pérenne ? Examinons de plus près ces revenus, pour en tirer quelques lignes directrices.

2- Des revenus

2.1- Revenus issus de l’activité des entrepreneurs

Selon l’Insee la valeur ajoutée, est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire, c’est à dire la valeur des biens et services transformés ou entièrement consommés au cours du processus de production.

Pour étayer notre propos, comparons la valeur ajoutée de notre économie insulaire, à des économies de départements de France métropolitaine, en prenant comme élément de comparaison le nombre d’habitants. Dans notre recherche, nous avons retenu 2 départements, la Dordogne 400.793 habitants, et la Savoie 405.535 habitants. Il est à noter que cette hypothèse est réductrice, mais elle permet de mettre en exergue les quelques constats ci-après.

1er constat : la valeur ajoutée brute (Vab) du département île de la Martinique est de 6.971 millions d’euros, pour 397.732 habitants (source Insee 2006), celle de la Dordogne 6 842 millions d’euros et la Savoie 10.608 millions d’euros (source Insee 2005). Comparativement à l’hypothèse retenue, nombre d’habitants, notre économie serait au niveau de celle de la Dordogne. Une remarque importante doit être prise en compte à ce niveau. Elle concerne le chômage. Alors qu’en Dordogne elle avoisinait 7% et en Savoie environ les 5% de la population active, en Martinique ce taux dépassait les 25%, pour la période considérée (2005). Néanmoins malgré ce lourd handicap une lueur d’espoir. Un Martiniquais produit par an 19.150 euros (PIB par habitant) de richesse, c’est plus qu’un Périgourdin qui est à 18.953 euros, mais beaucoup moins qu’un Savoyard qui lui produit 29.532 euros (source Insee) c’est le 2ème constat. Une autre donnée doit être prise en compte. Elle concerne les services administrés, encore appelés non marchands, c’est-à-dire la contribution de l’état à la création de valeur ajoutée. Pour le département de la Savoie ils s’élèvent à 2.038 millions d’euros (Insee 2005), la Martinique 2. 395 millions d’euros (Insee 2006), la Dordogne à 1.845 millions d’euros. Ces chiffres montrent que l’état pour une population donnée, environ 400.000 habitants, injecte directement dans l’économie par ses services en moyenne 2.000 millions d’euros. C’est le 3ème constat. Ce ratio est connu des grands argentiers de l’état, il sera sans doute très difficile pour celui-ci de faire plus quelque soit la conjoncture.

Ces quelques indications statistiques montrent qu’en réalité nous ne créons pas suffisamment de valeur ajoutée. La cause est connue, le chômage un mal de 50 ans provenant d’une dislocation de notre économie de base de l’époque, l’économie sucrière, sans création d’une nouvelle économie de production. L’état n’a pas pu ou « voulu », à l’instar de ce qui s’est passé en France métropolitaine à cette époque, après le démantèlement de son industrie de l’acier, lancer de grands projets comme : Ariane espace, Airbus, TGV, Télécoms, villes nouvelles et bien d’autres. A cause d’un manque d’imagination et d’audace des décideurs de l’époque et de lobbys créoles, la seule réponse a été d’une part l’émigration massive des jeunes adultes créoles en France métropolitaine et d’autre part le développement de l’économie de consommation.

A cette catastrophe nous avons répondu par une forme de résilience humaine, que j’appelle solidarité Créole et qui peut se définir comme étant un ensemble des qualités humaines de prise de conscience de notre identité et d’entraide, qui permet à une personne ou un groupe de personnes d’aider sans but lucratif, un individu ou un groupe d’individus. « J’habite un vouloir obscur … j’habite une soif irrémédiable.., Aimé CESAIRE »

2.2- Revenus issus de l’état

L’état qui nous gouverne a organisé de manière très équilibrée la distribution des revenus, dans notre pays île. Quatre piliers peuvent être cités parmi ceux qui favorisent le flux des richesses.

Le premier est celui de la défiscalisation, orienté entreprise ou particulier, il permet à tout investisseur et ou entrepreneur qualifié, de bénéficier d’une diminution de son niveau d’impôt sur le revenu. Cette technique a permis de développer les secteurs tels que l’immobilier, la petite industrie de transformation primaire et secondaire.

Le deuxième pilier est celui des subventions nationales et européennes. Il alloue aux entreprises des secteurs primaire et secondaire, ainsi qu’aux collectivités, des aides et financements pour développer et ou maintenir une production, une activité et contribue à l’aménagement du territoire des villes et communes.

Le troisième pilier est l’octroi de mer. Il autorise la collectivité régionale de prélever une taxe sur toutes les marchandises pénétrant le pays île. Cette taxe est quasiment redistribuée aux communes et participe à l’établissement de leur budget.

Le quatrième et dernier pilier, comprend les dotations de fonctionnement aux collectivités, les avantages salariaux et allocations de nature sociale (encore appelés services administrés ou non marchands) tels que : 40% de vie chère pour les travailleurs de la fonction publique, RMI, RSTA allocations familiales et autres, abattement de 30% des impôts sur le revenu pour les contribuables.

On peut aisément déduire des observations précédentes, que chaque composante de la société, citoyens, entrepreneurs, collectivités et travailleurs, profite de l’aide de l’état. On doit raisonnablement se poser la question pourquoi le bénéfice de ces aides, génère t-il tant de mal être pour certaines personnes, pourquoi l’économie du pays-île paraît-elle si malade. Pourquoi ces apports financiers de l’état ne permettent-ils pas de rentrer définitivement dans un développement maîtrisé et assumé. Pourquoi cet afflux d’argent, ne contribue-t-il pas à la création de plus de valeur ajoutée dans le pays-île ? Pourquoi une partie de ce peuple île pense-t-il qu’il profite indûment à ces apports encore appelés « services non marchands » de l’état ? Pourquoi certains de nos concitoyens pensent-ils que nous sommes des assistés ? Pourquoi voulons-nous maintenir à tout prix l’octroi de mer au profit des collectivités et les 40% de « vie chère » pour les travailleurs de la fonction publique, privilèges, qui produisent tant de mal développement, pourquoi ne travaillons nous pas la mise la mise en valeur réelle de nos potentialités ? Principalement en investissant massivement et organisant l’agriculture maraîchère et l’élevage local. Les réponses à ces questions devront être suffisamment réfléchies et nous devrons faire preuve de courage, d’intelligence et de savoir faire pour trouver les remèdes à ce mal développement.

3 – De la production de richesses à la création de valeur ajoutée –

3- 1 Faire l’avenir

Les administrations de l’état, les collectivités départementale et régionale se doivent de prendre le problème à bras le corps et se fixer pour objectif de créer les conditions pour que les opérateurs économiques réduisent le chômage par 2 sur les 10 ou 15 ans à venir. Tout a déjà été conceptualisé, analysé, dit, écrit et synthétisé, dans les documents tels que : SMDE, AGENDA 21, TOP 300, mesures du CIOM issus des travaux des états généraux de l’outre-mer, etc. Nous avons les partitions, reste à trouver les bons instruments et musiciens, ainsi que le chef d’orchestre.

Nos entrepreneurs du pays île Martinique quant à eux, doivent diversifier leur activité et ne pas se fixer pour unique objectif l’import de marchandises de toute nature, pour générer de l’activité. Ils devraient faire preuve de plus d’inventivité et mieux se structurer afin de créer de la réelle valeur ajoutée. Une part des profits générés par le commerce et les services (5.866 millions d’euros, environ 84% de Vab, Insee 2004) devraient mieux soutenir l’agriculture et l’élevage de consommation locale, l’investissement dans les énergies nouvelles. L’état, l’Europe et les collectivités doivent développer la construction d’infrastructures touristiques (exemple : lieu de simulation de l’éruption de la montagne Pelé, utilisant les nouvelles technologies) pour dynamiser cette industrie, de superstructures (exemple : stockage de l’eau) pour réguler notre agriculture, de petites unités industrielles de transformation de toute nature pour rendre pérenne notre économie. Ceci afin de générer de l’activité, pour mettre au travail une partie importante des inactifs actuels. L’objectif devrait être de développer des projets permettant d’absorber 1 à 1,5 point de chômage/an. C’est un objectif d’avenir.

Nos nouveaux entrepreneurs se doivent de transformer l’économie de consommation ambiante, en économie de production et de préservation, c.-à-d. rendre durable les nouvelles activités créées. Les opérateurs économiques de notre Pays Ile doivent imager de nouveaux métiers autour de la mer, la terre, la montagne, la forêt, les savoirs, les cultures et les sciences, pour créer ces nouvelles richesses. De nouveaux équilibres doivent être trouvés. Il s’agit moins d’un repli sur soi et du rejet de l’économie de consommation, que l’expérimentation de nouveaux modes de création de richesses, plus en adéquation avec la pérennisation de notre patrimoine environnemental. La nouvelle économie devra tenter d’intégrer au cycle classique : création, production, répartition, échange, consommation; la préservation du patrimoine, le recyclage, le calcul du coût global d’un investissement pour assurer sa pérennité, la rénovation, la maintenance, la réparation. Ces nouveaux concepts doivent être les maillons de la chaîne qui complète la création de bien. La préservation de la chose créée doit être l’élément régulateur de notre système économique. La consommation et son corollaire la croissance, ne suffira plus elle seule, à créer de nouvelles richesses. Nous devrons mettre en pratique les nouveaux concepts de développement cités plus haut et leurs adjoindre une qualité que le peuple île a créée et expérimentée depuis des décennies, la solidarité Créole, en l’amplifiant et l’étendant à notre diaspora, pour solliciter intelligemment en retour leur investissement. C’est là encore un objectif d’avenir.

3.2 Bouger les lignes

Pour faire la nouvelle économie, les dirigeants d’un certain nombre de nos entreprises doivent changer. L’acquisition de nouvelles pratiques managériales : gestion de ressources humaines, organisation, gestion des affaires, communication doit être leur ligne directrice. Le dialogue social doit évoluer, l’expérience acquise au cours des 10 dernières années doit être capitalisée et standardisée pour faire partie de la boîte à outils du dirigeant. La grève et les blocages de l’activité économique, ne doivent plus être l’aboutissement systématique de conflits du travail. Cette pratique de confrontation, entre ceux qui apportent le capital et ceux qui fournissent la force de travail de l’entreprise, héritée des siècles passés doit être rénovée. Grève, blocages et commandement archaïque, font perdre de la richesse et de l’emploi à terme. Les patrons locaux doivent avoir conscience qu’ils ont en face d’eux des salariés non asservis, ces derniers rejettent toute forme de paternalisme suranné, parce qu’ils ont développé de l’intelligence, des connaissances, des savoirs et une capacité d’analyse. Ils savent que les patrons apportent le capital (le moteur de l’entreprise) et eux, les salariés apportent la force de travail (le carburant de l’entreprise), ils savent que l’un est dépendant de l’autre. Les salariés ne doivent donc plus être considérés comme variables d’ajustement de l’activité économique, mais comme valeur patrimoniale de l’entreprise. Croire que la plupart des salariés travaillent uniquement, pour gagner de l’argent, est une hérésie en 2010. Si la rémunération est nécessaire, elle n’est plus suffisante. Sociabilité, participation, implication, valorisation, reconnaissance, considération, formation, voici les véritables variables d’ajustement de la performance de l’entreprise.

Patrons et salariés se doivent donc d’imaginer un management Créole, (équitable, diversifié, rigoureux, efficace, moderne, performant, professionnel, exemplaire…) ou le « travailler ensemble » doit être la pierre angulaire. Un top management Créole doit résolument émerger et être valorisé pour essaimer la confiance, instiller la qualité, développer les démarches telles que: l’A.O.C (Appellation d’origine Contrôlée) pour les produits du Pays Ile, environnementale pour les biens et services et sociétale pour les organisations, ceci afin de rendre moderne la représentation de nos entreprises et de nos structures. C’est aussi un objectif d’avenir.

Nous avons vu que notre Pays Ile possède un patrimoine clairement identifié, la mise en valeur de celui-ci, devrait nous permettre de générer des biens avec une réelle valeur ajoutée. Avec l’aide de l’Etat et du dynamisme des acteurs économiques nous pourrons en tirer des revenus permettant au plus grand nombre d’entre nous de trouver la juste part de sa contribution au bon développement du Pays Ile.

Voici quelques lignes et objectifs de notre horizon, dans la nouvelle économie de préservation naissante, en ce début de 3ème millénaire.

Pour terminer je soumets cette citation de Paul VALERY : Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable.

Maurice CLAUDE

* La nouvelle économie 1 : voir FA du 06 mars 2009

Note: les données INSEE citées sont les dernières données consolidées et publiés en 2010

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