Accueil Politique - Martinique Première accompagne la montée de « la Capitale »

- Martinique Première accompagne la montée de « la Capitale »

fortdefrancebibliothequeschoelcher2.jpgPar l’un de ces après-midis animés par Paulo, une brève chicane eut lieu sur RFO entre l’animateur et un journaliste. Celui-ci déclarait s’interdire d’utiliser le mot « matinino » par lequel on voudrait désigner la sélection de foot-ball, comme pour suivre l’exemple de la Guadeloupe dont les membres de la sélection s’appellent les « Gwadas boys ». Le journaliste manifestait également son refus d’utiliser le mot « capitale » pour désigner Fort-de-France. Cette dernière opposition n’est-elle pas d’arrière-garde tant ce vocable semble s’être déjà imposé à la station d’Etat où il est repris par quasiment tous les animateurs ? Même, au cours d’émissions interactives on ne compte pas les rappels, de la part de certains animateurs, à l’utilisation d’un vocabulaire conforme à d’apparentes nouvelles normes lexicales institutionnelles : on ne dit pas « métropole », on ne dit pas « hexagone », on doit dire « France ». On doit donc dire « capitale » pour désigner Fort-de-France. De qui la station d’Etat tient-elle ces exigences sémantiques ?

Le litige entre les deux employés de la radio d’Etat pourrait indiquer que cette institution n’a pas de ligne directrice en ce qui concerne l’usage des mots. Chaque salarié de la maison serait-il libre d’utiliser ou non, selon son bon vouloir, le mot « capitale » pour désigner la ville de Fort-de-France ? Cela voudrait-il dire que cet usage soit jugé anodin et sans rapport avec la rigueur de l’information attendue de la station d’Etat ? Celle-ci se contenterait-elle de servir de simple caisse de résonance aux idées en cour, y compris par l’usage d’inexactitudes lexicales ? Cela pourrait également signifier que RFO, aujourd’hui « Martinique Première », manifeste un parti-pris politique ou, mieux, qu’elle se veut être à l’avant-garde de l’évolution statutaire.

Ce faisant, elle n’annoncerait pas un futur, ce qui aurait exigé une justification éditoriale. Elle s’installerait carrément, sans le dire, dans un futur probable et, en quelque sorte, indiquerait le chemin à suivre. Au mieux, cela pourrait s’appeler faire de la politique comme M. Jourdain faisait de la prose : sans le savoir. Ne faisons pas cette offense à la station d’Etat. Reste que le mot « capitale » prospère, grâce à RFO pour une part prépondérante. C’est le succès d’un homme : Serge Letchimy.

L’ancien maire de Fort-de-France dit « capitale » car c’est politiquement important pour lui de dire « capitale ». On ne peut pas l’accuser d’être un fantaisiste et de faire preuve de légèreté politique dans l’usage des mots, même si l’on n’a toujours pas compris pourquoi le Bord de mer s’appelle Malecon.

La ville capitale existe, c’est ainsi qu’on désigne le lieu ou s’exerce le pouvoir politique d’un Etat. C’est Paris, c’est Washington, c’est La Havane. Pas encore Fort-de-France qui est, certes, la ville principale de la Martinique, mais s’inscrit dans les actuelles institutions en qualité de Chef-lieu. C’est moins joli, c’est vrai. En réalité, nous savons tous que le mot « capitale », appliqué au chef-lieu, est un véritable programme politique. Il nourrit des espérances et fait vaciller la déontologie des journalistes. Il est néanmoins difficile d’opposer au discours politique le rappel au devoir d’instruction civique qu’en revanche, on attend de la radio d’Etat. En effet, celle-ci doit être mesure de répondre à tout jeune martiniquais qui poserait les questions suivantes : qu’est-ce qu’une commune, un chef-lieu, une ville, une capitale … ? Mais en utilisant les mots qui lui conviennent, le politique entreprend d’installer l’opinion dans une disposition d’esprit. Ce n’est même pas de la politique politicienne, c’est de la politique. Ce processus qui a familiarisé les Martiniquais avec les mots « peuple », « pays » et qui les éloigne des notions « métropole » ou « département » est un succès politique incontestable des évolutionnistes. Ces mots et notions paraissent anodins par l’usage des uns ou le non-usage des autres, mais s’avèrent essentiels par leur signification et leur portée politiques. Par cet usage des mots, les Foyalais et, plus largement, les Martiniquais prennent l’habitude de considérer Fort-de-France et la Martinique avec un sentiment diffus de souveraineté dont on sait que cela a toujours été l’objectif des accoucheurs de mots.

A ce jour, tout est verbal et comportemental. Il s’agit de gestes et de propos qui ne sont pas repris par les documents officiels mais qui s’imposent à l’opinion. Cette disposition d’esprit, certains diraient ce formatage des esprits, nourrit l’espérance d’une concrétisation majeure : la disparition du département. Certains n’y voient qu’un vœu pieux, d’autres espèrent que les faits aillent au-delà de la piété du vœu. Dès lors, l’usage par RFO du mot « capitale » deviendrait moins inapproprié, tout en le demeurant. En attendant mieux. Mais qui s’en plaint ?

Yves-Léopold Monthieux, le 3 novembre 2010 

 

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Un commentaire

  1. ESPARTERO

    5 novembre, 2010 à 12:04

    Je partage en grande partie cette analyse. En ce qui concerne RFO, désormais »MARTINIQUE PREMIERE », sans vouloir lui faire un procès d’intention, j’ai pu déceler à travers les commentaires de certains journalistes de cette entreprise publique, un relent de patriotisme.
    Qui s’en plaindrait? mais à vouloir le beurre et l’argent du beurre, ces journalistes enfreignent une règle toute simple: celle de la neutralité.
    Un exemple: récemment a eu lieu le procès de M.Despointes, poursuivi pour incitation à la haine raciale.
    La journaliste qui couvrait l’information du matin déclarait:  »Aujourd’hui débute le procès du béké monsieur Despointes ».
    Cette allusion au mot béké n’était certainement pas innocente.
    Quant à moi,je ne suis ni pro-béké, ni pro-neg- ni pro-mulâtre etc… tout simplement Français et très pro-Martiniquais.

    Jacky ESPARTERO

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