Accueil Politique - 24 janvier 2010, l’arme fatale de Nicolas SARKOZY

- 24 janvier 2010, l’arme fatale de Nicolas SARKOZY

Le ridicule ne tue pas…Heureusement, car la majorité des élus martiniquais seraient déjà morts. En effet, ils en sont toujours au passé, malgré leur vote de ce fameux 24 janvier 2010 où ils croient tous avoir voté pour une assemblée unique, dans le droit commun. Après onze mois pendant lesquels nos politiques ont passé le temps à se faire peur en se tirant dans les pattes -ce que j’avais prédit  dans mes livres*dès 2009-  les Martiniquais  ne sont qu’à l’orée des plus terribles déconvenues.

 

Je ne veux pas être trop défaitiste mais la réalité montre le bout de son nez : les querelles, les coups tordus contre la majorité en place ne font que s’amplifier, et nous ne sommes qu’à onze mois de pouvoir de la nouvelle équipe. Nous savons tous qu’une omelette ne se fait pas sans casser les œufs et que Paris ne s’est pas bâti en un seul jour. Mais la bêtise humaine est tellement forte dans la tête de ceux qui convoitent le pouvoir de cette collectivité nouvelle en 2012 ou 2014, qu’ils ont installé, sans vergogne, un débat à mon avis plus haineux et politique que soucieux des intérêts de la population martiniquaise.

 

Allons donc, Mesdames et Messieurs les élus, comment comptez-vous résoudre le problème que pose
la Martinique, sans ressources propres, avec l’obligation de tendre la main ? Croyez-vous honnêtement, avec les compétences actuelles dans la future collectivité, pouvoir mieux faire fonctionner notre administration ? Ou imaginez-vous que Nicolas Sarkozy qui vient de diminuer notre budget, pliera devant vos exigences d’enfants gâtés de l’ex-département ? Nous ne serons plus département dans peu de temps. Nous perdrons par conséquent presque tous nos avantages et nos prétentions à l’égalité républicaine. Ne comprenez-vous pas que le chef de l’Etat vous mène en bateau avec sa ministre des DOM ? Il faut être aveugle pour ne pas voir qu’il lui fait faire le « sale boulot » grâce à vos prises de positions qui nous amènent à notre propre destruction dans tous les sens du terme. Beaucoup surfent sur le Droit pendant qu’on nous assassine en vous flattant. Il faut être vraiment, mais vraiment nul pour ne pas voir que vous avez été guidés par le chef de l’Etat vers  une collectivité unique sans  réels moyens financiers à attendre.

 

En ce moment il n’est question que d’une chose : la gouvernance. C’est ce qui préoccupe le plus les élus. Ca tire de tous les côtés, les couteaux sont sortis. Notre drame collectif n’est pas très loin, tout au plus dans quatre ans. Pour l’instant la population est persuadée que tout restera comme dans le département et vit sans trop  de souci. La naïveté populaire baigne  dans l’œil  de l’ouragan. C’est un calme relatif et trompeur. Pour combien de temps encore ?

 

Les corporatismes se manifestent comme auparavant, insoucieux de l’avenir institutionnel, croyant que tout est réglé. Et pourtant, les palabres et tiraillements dans les hémicycles devraient attirer l’attention de cette population débonnaire qui s’imagine qu’avec une collectivité unique tout ira mieux. Même avec la bonne volonté et le dynamisme évident de ceux qui dirigent
la Martinique actuellement on doit craindre l’avenir. Diminuer le budget qui nous est alloué montre bien vers quoi nous allons. La France nous dit « Vous aurez les compétences cumulées des deux Assemblées ». Admettons, mais cela ne nous garantit en rien que ces compétences soient assorties de moyens financiers dans une collectivité sortie volontairement du « Droit commun ». Car avoir des compétences hors du Droit commun est sans commune mesure avec le Département.

 

Si vous croyez à cela c’est que vous êtes encore plus naïfs et inconscients que je ne l’imaginais. Cela voudrait dire que le chef de l’Etat nous aurait « fourgué » sa deuxième consultation pour nous garder dans le Droit commun ? Mais où serait selon moi son intérêt ?

 

Ce genre de chef d’Etat aussi malin que calculateur (tel compère lapin) nous aurait mis dans une espèce de PTOM en nous préservant tous les droits sociaux, et règlements de l’article 73 ? A qui faire croire cela –à part à nos hommes politiques et aux naïfs qui les ont mis au pouvoir ? Selon le président, le fait de dire aux Martiniquais « Vous êtes dans l’article 73 » -je  rappelle que cet article 73 a subi des modifications colossales lors de la révision constitutionnelle de mars 2003- peut laisser croire effectivement que nous serons toujours dans le doit commun. Hé bien non, je suis désolé. Pour y être, il fallait garder intacts le Département et
la Région et en faire une Assemblée unique. Là ce n’est pas le cas, non nous les avons éliminés, le 24 janvier 2010, en votant pour une Collectivité unique.

 

Chers compatriotes redescendez sur terre 

 

Le temps des rêves est bien fini, il faut atterrir : nous sommes dans l’antichambre de ce que nous craignions tous. Comment cela évoluera-t-il ? Vous pouvez déjà constater par vous-même, qu’il sera difficile de faire plaisir à tout le monde. Que les haines découlant des idéologies disparates se manifestent tous les jours. Les préparations de coups tordus, la lutte pour les places et pour le pouvoir occupent ceux qui devraient penser au développement et à la justice sociale. C’est à qui mordra la poussière afin que tous les pouvoirs reviennent à un seul homme. Ne soyez pas dupes. Cela c’est passé pendant douze années, pourquoi s’arrêteraient-ils ?

Nos politiques savent qu’ils ont en face d’eux des gens confiants qui avalent tout et se déchargent du devoir de réflexion sur les élus. Plus la ficelle est grosse, plus il y a une majorité qui approuve, comme pour le 24 janvier. Quand sur 160.000 inscrits 30% seulement se rendent aux urnes comment qualifier cela ? Démission, ignorance ou  fatalisme ? Je ne trouve pas de mot suffisamment adapté pour l’expliquer.

 

Que veut la population martiniquaise ? Pas d’indépendance, pas d’autonomie, pas de Département, pas de collectivité nouvelle, et surtout être et ne pas être Français. Cela fait beaucoup d’incohérences. Même les élus ne savent pas ce qu’ils veulent.

 

 Si, tout bien compté, ils veulent des euros mais pas de France. Cela ne se peut.

 

Nous ne savons pas, mais Nicolas, lui, sait … 

 

Il sait lui ce qu’il donnera et ce qu’il ne donnera pas, compte tenu des comportements des élus martiniquais qui n’ont pas su s’entendre sur tout. Le chef de l’Etat qui avait tout calculé tranchera. C’est ce qu’il attendait. Les élus guyanais ont su, pas les nôtres. Chacun a continué à tirer dans son sens, selon son idéologie et selon ses intérêts propres, au mépris de l’intérêt supérieur de la Martinique. Donc le chef de l’Etat nous « assaisonnera » à sa sauce. Le voyant fonctionner, nul doute qu’il réserve un mets de choix pour la Martinique. Certains supputent en disant qu’il calquera le modèle Guyanais pour

la Martinique. A mon avis nous lui donnons l’occasion de nous rappeler à son bon souvenir et à l’interdiction de fouler le sol français de

la Martinique. Comme nous avons l’habitude de foncer tête baissée, dans nos comportements avec les ministres et les secrétaires d’état qui nous visitent, il sera à l’aise pour nous le faire comprendre, en nous donnant une collectivité empoisonnée.

 

Pour l’instant nous ne parlons que de gouvernance, de modes d’élection, du nombre d’élus composant l’Assemblée, enfin de tout ce qui permettra à nos élus de continuer à parader. Mais les vrais sujets, notamment le sort quotidien des Martiniquais sont sous cape. Cachés bien au frais. C’est seulement quand nous passerons dans le fonctionnement de la fameuse collectivité de Martinique que les choses se gâteront. La population commencera alors à se poser quelques questions, trop tard, oubliant qu’il y a eu une majorité qui a fait un choix politique, et que dans ce choix l’article 73 n’a plus les mêmes attributs qu’auparavant et qu’elle ne disposera plus entièrement du régime de Droit commun qui rendait sa vie plus facile.   

 

Le 8 novembre un élu de droite découvre son aveuglement    

  

Alors que le 24 janvier 2010 cet élu poussa  
la Martinique à voter pour la proposition du chef de l’Etat, le 08 novembre il découvre sur télé Martinique (RFO) que le nom de la nouvelle collectivité ne lui convient pas. Tout en sachant très bien que la majorité des élus ont adopté le nom de collectivité de Martinique. Brutalement il sort de son sommeil. Pour dire quoi ? Que selon lui le nom de collectivité de Martinique ressemble fort au titre de collectivité d’outre-mer.

 

Il a raison mais pour un homme politique averti comme celui-là, il aurait dû comprendre et prévoir que le deuxième vote était précisément destiné à nous mener à une collectivité d’outre-mer. Pas besoin d’être dans l’article 74 pour y accéder directement, mais par le jeu des dérogations,
la Martinique y sera. Dans les faits et en Droit, nous sommes dans une position de PTOM. La suite, que j’avais prévue*, me donnera raison. Cet élu se rend à l’évidence que ses compagnons de route du 24 janvier commencent à naviguer toutes voiles déployées dans leur idéologie d’autonomie. C’est leur droit, ils ont été élus majoritairement. Et alors, il n’est pas d’accord. Il fallait être plus perspicace en janvier. L’heure n’est plus aux petits calculs. Donc il se rabat sur ce qui se passe en Guyane. Là aussi c’est une grossière erreur : la France privilégiera
la Guyane, pas pour les Guyanais mais, pour ses propres intérêts économiques.

 

Les élus de ce Département pourront à la rigueur discuter sur les bénéfices que rapporteront
la Guyane, je ne vais pas énumérer l’ampleur de ses ressources et de son territoire. Les élus guyanais ont de quoi dans leur sous-sol, mais nous, Martiniquais qu’avons-nous à part notre minuscule île, et nos spécificités sans cesse alléguées ? Une pléthore de diplômés à bac +++++ sans pouvoir leur donner un emploi, une masse de jeunes sans diplômes, sans qualification mais avec beaucoup de prétentions et un stock de bénéficiaires d’allocations de toutes sortes qu’il faudra assumer, avec à peu près 160.000 imposables. A quoi nous servira notre pouvoir de collectivité de Martinique sans les moyens ? La question aurait dû se poser, elle se posera. Oui, mais trop tard.

 

Les compétences des deux Assemblées 

 

Dans les deux où trois ans de départementalisation qui nous restent, que fera l’Etat ? Il continuera à  dégraisser le budget, à le désosser. Il ne nous restera plus que la carcasse. Alors, il faudra que le pouvoir de la nouvelle collectivité trouve ses propres ressources financières.

 

 Où me direz-vous ? Mais, dans les poches des Martiniquaises et des Martiniquais bien sûr. Le « nous-même » prendra véritablement tout son sens. Je suppose que les 40% et d’autres niches fiscales  seront absorbés par la collectivité, assortis de l’augmentation de tous les impôts directs et indirects. Les produits importés seront surtaxés -comme en Polynésie- sans oublier les infrastructures portuaires et aéroportuaires ? La solution pour trouver le moyen de fonctionner ne pourra venir que de là, car les dotations de l’Etat-Providence prendront progressivement fin, inévitablement. Quand on parle de « pouvoir domicilié » il faut savoir qu’il ne s’agit pas seulement du pouvoir politique et de gouvernance mais également, d’économie. Et qui dit économie dit aussi équilibre de la balance commerciale, soit la capacité à exporter et importer,  à nourrir et soigner la population, à procurer du travail et l’éducation pour tous.

 

Il ne s’agit plus de partir la fleur au fusil. Sans exportation nous demeurerons définitivement dans le commerce de négoce, c’est inévitable. Oui, c’est très bien de vouloir nous gérer nous-mêmes, mais ne faudrait-il pas en avoir les moyens énumérés ci-dessus ? Il fallait éviter de suivre le Président comme des arrivistes arrogants et des naïfs.  Pour ceux qui dirigent le bateau Martinique je leur dis « En avant toute, mon commandant ». Pour la population le temps des regrets arrive. Au moins, les dernières élections ont mis fin aux insultes à l’intelligence de la population, aux  hurlements campagnards et aux diktats dans l’hémicycle. Laissons travailler ceux qui sont plus intelligents, avec plus de tacts et de démocratie. 

 

Oublions le 24 janvier et passons à autre chose,  au futur imaginaire. L’arme fatale de Nicolas fera le reste. Je rappelle à ce Monsieur qui découvre sa bêtise, en novembre 2010, qu’il nous a menés à l’aventure, (avec apostrophe), qu’il a lui-même appelé à voter oui le 24 janvier 2010. Donc il a choisi de nous guider vers l’aventure, en phase avec le pouvoir actuel. Et maintenant, il voudrait que la nouvelle collectivité qu’il a choisie, s’appelle non pas collectivité de Martinique mais  Département ou Région. Pour son information, s’il a un passage à vide, avant la modification constitutionnelle de l’article 73 les adaptations pouvaient s’appliquer.

 

Actuellement le pouvoir donné aux élus est considérablement accru. Déjà dans l’article 73 modifié, ceux qui sont au pouvoir  peuvent demander des adaptations mais ils peuvent aller beaucoup plus loin. Je rappelle à cet élu qu’il peut consulter  l’ouvrage de la documentation française, réalisé par des juristes sous la direction du Professeur  FABERON, cosigné par Brigitte Girardin alors Ministre des DOM. Dans ce livre, le professeur André Roux nous met exactement dans la nouvelle situation de cet article 73. Il (Mr Roux) dit que les modifications constitutionnelles de l’article 73 non seulement nous donnent le droit aux adaptations, mais cela va beaucoup plus loin puisque dorénavant, nous il donne le droit au pouvoir normatif.

 

Ce qui veut dire, Monsieur l’élu brusquement dessillé, que ceux qui sont au pouvoir à la Région actuellement ont le droit de déroger aux lois de la République dans l’article 73, et pas seulement dans leurs simples compétences, mais dans les domaines de la loi, et ont même la possibilité de faire des lois. Alors votre gourmande moitié de la Droite, surtout soucieuse de conserver ses postes, devrait d’abord se taire et laisser travailler ses occasionnels compagnons de route. Concentrez-vous à reconstruire l’unité de toute la Droite, en faisant  place aux jeunes, tout en laissant la majorité du Conseil Régional appliquer son programme.

 

                                                                                                                             Charles RANO 

*L’autonomie des Antilles-Guyane en question/
La France et ses DOM, une rupture annoncée, éditions l’Harmattan, 2009. 

Charger d'autres écrits dans Politique

3 Commentaires

  1. Ouiche

    25 novembre, 2010 à 6:19

    @ Moise

    coucou!

    Répondre

  2. Ouiche

    25 novembre, 2010 à 6:15

    Ami, je suis plutôt du genre à positiver, du genre à me dire qu’avec de la bonne volonté, n’importe qui peut se sortir de l’impasse dans laquelle il se sera mis ou dans laquelle on l’aura mis sciemment. Mais maintenant, ce n’est pas individuellement que le problème se présente. Nous y sommes tous maintenant dans cette impasse, mais englués . Nous nous sommes tous fourrés sur un pont suspendu au-dessus de l’Ocean, nous nous y sommmes précipités sans réflèchir, et cela va être l’hécatombe. Le pont tangue, et il y a de grande chance qu’il cède. L’Océan est très profond, nous ne pouvons plus ni avancer, ni reculer, ni étayer le pont.

    Mais, l’Océan est vide, il n’y a plus que des requins affamés. Pour les rescapés, la terre est empoisonnée.

    Répondre

  3. Moïse

    15 novembre, 2010 à 15:59

    Rare clairvoyance !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Consulter aussi

Grève du Port : FMP, Communiqué

 Depuis près de deux semaines, notre port est en panne en raison d’une grève des dockers. …