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Séparatisme : Luc Reinette devant l’injustice française

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Au moment ou sous des formes diverses les peuples opprimés scandent leur droit à la liberté, bravent les interdictions, défient la loi des plus riches, souvent au péril de leurs vies, la France bâillonne, intimide, menace, ceux qui dénoncent la survivance de ses basses besognes coloniales.

« Tout est blanc il ne s’agit pas de racisme, il s’agit de l’équilibre d’une société menacée, menacée dans son être, menacée dans sa vitalité, menacée dans son identité, menacée dans sa survie…(Aimé Césaire)»

Mi pwèl pwélé
Ce jeudi 18 février 2021 un patriote guadeloupéen Luc Reinette est convoqué à 8h30 par le procureur de la république Française à la gendarmerie du morne Miquel en Guadeloupe. Il lui est reproché des faits d’incitation à la haine ou à violence, faits réprimés par les dispositions de la loi sur les séparatismes. En effet l’article 18 (ex-article 25) prévoit un « nouveau délit de mise en danger de la vie d’autrui par diffusion d’informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle d’une personne permettant de l’identifier ou de la localiser ».
Ce délit est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. Une peine relevée à 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende lorsque la personne visée est dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public.

Sa ki pa bon pou zwa pa bon pou kanna
Dans son appel à la jeunesse de Guadeloupe publié sur le site d’information Caraïbe Créoles News, Luc Reinette s’exprime ainsi,  » Oui, j’affirme à la face du monde que les français sont des étrangers, qui se sont imposés ici comme dans leurs Colonies d’Afrique, d’Asie et d’Amérique par le meurtre, l‘assassinat, le sang, la déportation, le viol, la mise en esclavage, la torture et le travail forcé. C’est l’exacte vérité que nul ne peut contester. Ces gens-là, ces occidentaux qui rusent en permanence ne sont pas nos amis, qui considèrent notre Pays comme leur bien, comme leur possession. Cessons d’être naïfs ! »
Voilà certainement l’outrage, l’injure, le délit, celui d’affirmer sa différence, et de refuser la domination de « l’autre ». « L’autre » identifié par son appartenance à un groupe d’individus acteur d’un système basé sur les inégalités et qui ne profite qu’a lui.
Toutes les outrances et toutes les injures sont condamnables, d’où qu’elles viennent. Cela dit, il existe des pesanteurs historiques et des situations qui ne favorisent pas la mesure, la nuance et l’évaluation d’une complexité.

Sa ki yo
Ceux qui dans notre culture on appelle les « blan », « zowèy », « manblo », « francé », n’ont pas réussi à donner d’eux une image autre que celle de « l’occupant  » ou encore de « nouveaux colons ». Cette image est symbolisée par leur présence majoritaire, voire quasi exclusive dans tous les postes de direction de la fonction publique d’Etat, dans les ministères, dans le choix des « manblo » dans les actions de répression féroce, par l’imposition d’un représentant de l’état souvent dans une posture arrogante et méprisante de gouverneur.
Cette image est confortée par la persistance d’une gouvernance coloniale locale qui relaie un esprit colonial de l’administration centrale française, ou on s’habitue à débarquer d’un avion et, durant quelques heures, au pas de charge du héros, porter « la bonne nouvelle », promettre de tout effacer, embrasser, caresser, tutoyer en créole, dire qu’on va tout régler…et on repart heureux.
Voilà ce qui alimente encore ces rapports verticaux, condescendants inéquitables, injustes, bafouant la dignité des martiniquais.
Tous ces acteurs apparaissent comme les garants d’un système de dépendance globale nourrit par une situation sociale dont l’assistanat et la quémande s’érigent en règles.
Tout cela couronné par le sentiment d’une solidarité sans faille en ce qui concerne leur « maintien à l’écart ».
Cette perception est accentuée par le fait que ces personnes se concentrent dans certains lieux, voire sur certains territoires. L’effet de masse apparemment homogène est sensible, et cela, même si la réalité est sans doute différente.
Tout est blanc dit Aimé Césaire, en précisant que : « Il ne s’agit pas de racisme, il s’agit de l’équilibre d’une société menacée, menacée dans son être, menacée dans sa vitalité, menacée dans son identité, menacée dans sa survie… »

Sové péyi la pou gannié libèté an nou
Le nouvel épisode Luc Reinette doit être l’occasion de changer cette perception, et surtout de se poser de vraies questions sur les postures que l’on adopte, sur l’utilité d’un préfet « blan », sur cette ligne d’un invariant phénotypique de la majorité des cadres de la fonction publique d’Etat et sur le silence assourdissant du plus grand nombre de nos gouvernants même quand l’insupportable nous crève les yeux….
Cet appel à la jeunesse de Guadeloupe est précieux, il devrait se multiplier, voire se démultiplier, et ceux qui se sentent offensés devraient agir en veillant à ne jamais négliger la charge ancestrale des souffrances qui se trouvent en face d’eux, et cela jusqu’à ce que les nuances de la réalité et des évolutions soient patentes et indiscutables.
Dès lors les injures collectives seront enfin devenues non seulement illégales et inacceptables, mais illégitimes.

Jeff Lafontaine
18 février 2021

 

 

 

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